Calou a proposé que je fasse un topo sur ma (re)belle nouvellement acquise, alors voilà, je ne suis pas très féru de mécanique je laisse ça aux spécialistes, mais j'essaierai à ma manière de vous faire partager mon engouement.
En rentrant chez moi, il y a une quinzaine de jours, je passe devant une maison et je vois une moto avec un cache-sexe sur lequel était écrit "à vendre".
Après plusieurs passages devant l'endroit, environ une dizaine de fois en 1/4 d'heure, je finis par héler le propriétaire avec mon portable, il sort nous parlons, et j'ai en face de moi un allumé du bicylindre, comme moi je l'étais (je le suis redevenu très vite), qui me vante les qualités de la machine, il vient de s'acheter la 900, il sent en moi (je transpirais beaucoup) l'acheteur potentiel qui est en train de faire des calculs rapides dans les deux cylindres de son cerveau...
Je lui demande le prix de la belle, comme ça se fait dans les quartiers chauds, je le remercie, lui dit que je reviens tout de suite.
je rentre chez moi très rapidement, quelques rues plus bas, et je tourne dans ma tête les arguments qui vont me permettre de convaincre Esquiaouette, genre; "j'ai trouvé un vélomoteur pas cher avec option sans pédales"...non, ça ne marchera pas..."je me fous de ce que tu penses, je fais ce que je veux!"...non, ça non plus...j'ai trouvé! "chérie, tu m'aimes?..." comme c'est simple et voilà:
:

Avant

Après

de face

de l'arrière, la belle est très pudique...

le tableau de bord, le compte-tour inexistant à l'origine a été installé par l'ancien propriètaire, rien que pour ça...
C'est donc une Ducati Monster 750 cc à carburateurs, fin de l'année 1997, un seul disque à l'avant, le double disque n'apparaîtra qu'en 1998, l'ancien propriétaire l'a fait passer de 67 cv à 72 cv, (
ne me demandez pas comment) il a changé le kit chaîne en mettant un pignon plus petit ce qui donne des démarrages foudroyants tout en faisant perdre en vitesse de pointe un dizaine de kmh.
6,2 l aux 100 kms, 0/100 kmh en 4 sec, 0/400 m en 12 sec.
les rapports sont très courts, frein moteur/gaz sans délai à petite vitesse, ce qui en ville demande du doigté, aussi bien des doigts de la main que des doigts de pieds.
Les silencieux (?) sont des LeoVince.
Beaucoup de caractère, mais une fois bien en main, ce sont des sensations uniques.
Bon, après ça, allez prendre une 2ème bière dans le frigo, voici le récit de la mise en route
Cela va faire 15 jours que je possède la 750 et...je ne suis pas déçu, je peux l'avouer maintenant, je n'étais pas fiérot lorsque j'en ai pris livraison, l'adrénaline débordait par les oreilles et je sentais que mes intestins devaient ressembler aux tubes d'échappement d'une 4 cylindre japavanaise...
Bien, après avoir fait retarder le départ en questionnant le vendeur avec des questions idiotes genre:
"euh, et c'est quoi ce bouton?"
"
c'est le clignotant"
"et là, c'est quoi?"
"
ça c'est le guidon"
...etc. j'ai finalement enfourcher la belle, vérifier le point mort, démarrer, engager la première, puis lâcher doucement l'embrayage, commencer à rouler, entendu vaguement le vendeur hurler pour couvrir les décibels : "la béquille!!", remonter l'objet du délit et c'est parti.
Heureusement, le virage n'était qu'à une dizaine de mètres et je disparu aux yeux du vendeur, un garçon charmant qui a déjà remplacer la 750 par une 900.
Premier feu rouge juste derrière le premier virage, et là je me rends compte que certaines habitudes restent gravées bien profond dans la mémoire du corps, je pose mon pied gauche à terre et de mon pied droit je cherche le levier de vitesse...les anglaises de mon passé avaient les vitesses à droite et la pédale de frein à gauche donc... je ne sais pas en France, mais en Scandinavie où j'ai vécu les motos restaient dans leur conception d'origine.
Je ne suis pas têtu et je corrige, vert! (le feu

), je tourne à droite et me lance sur la moyenne corniche vers Monaco pour ceux qui connaisse. Ca broute un peu, frein moteur, gaz, frein moteur, gaz, l'embrayage vient juste d'être refait, il est très dur, je vais finir par avoir le bras comme le bras gauche de Nadal, mais ça le fait...et puis tout revient, c'est magique, quelques bonds et sursauts et après quelques kms durant une demi-heure, la belle se laisse dompter par son nouvel occupant. Tout se libère...
Je monte sur la grande corniche que je connais par coeur du temps ou je descendais de Norvège (en moto, bien sûr) passer les vacances, et que j'ai beaucoup fréquentée cette dernière année au guidon de mon tricyclomoteur.
Une incursion dans l'arrière-pays, avec l'alarme d'une villa qui s'est déclenchée pour saluer mon passage, les villas s'alarment facilement dans cette région

puis retour par l'autoroute ou le 130 est atteint en une poignée de secondes.
Le lendemain, de la ville, lorsque j'essaie de la maintenir à 50 kmh, la belle se rebiffe, mais je lui murmure à l'oreille et elle se calme, les rapports sont très courts, donc on monte et on rétrograde très souvent.
Un aller retour sur la prom, un gymkana slalommé, dans la limite du raisonnable, bien sûr...
J'en profite pour rendre hommage à l'ancien propriétaire, qui a entretenu cette machine avec soin, restylée avec goût ici et là, kit chaîne, courroie, plaquettes neuves... bref, bien révisée, pas une fuite, pas un bruit suspect (sauf celui des pots

)
...elle est tout de même de 1997 avec 54000 kms au compteur, et... elle est belle
Voilà, cela faisait ...29/30 ans que je n'avais pas remonté sur une bicylindre, d'ou mon appréhension

...
...mais quel pied! 